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Tu vas pas m'empêcher de vivre

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Martin Bérubé

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Dans les années soixante au Québec, le petit Gabriel est abandonné à sa naissance puis récupéré lorsqu’il a quatre ans par sa mère, une ancienne strip-teaseuse, et son nouveau mari. Gabriel n’a qu’une idée, gagner l’amour de sa mère, mais celle-ci, immature, le bat. Retiré par les services sociaux, ballotté de familles, y compris la sienne, en orphelinats religieux, il finira par se retrouver face à lui-même, dans la rue.
Dans ce récit autobiographique, le narrateur met en scène la révolte progressive d’un enfant contre la relation violente qu’il entretient avec sa mère. Le style très visuel, presque animal, avec des dialogues dans une langue québécoise populaire, nous fait rentrer dans les pensées de l’enfant, et dans celles des personnages (la mère, le père, les oncles et tantes) tous désemparés, luttant dans leur propre vie comme des insectes pris dans une toile d’araignée. Le titre du livre Tu vas pas m’empêcher de vivre pourrait se trouver dans la bouche de tous, pas seulement de Gabriel ou de sa mère. Des scènes poignantes qui évoquent autant Les Noces barbares de Queffélec, que Vipère au poing, de Bazin.
Extraits :
Ce matin, elle me couvre de baisers, me serre tout contre sa poitrine.
- C’est qu’tu commences à sentir le p’tit homme, me glisse-t-elle à l’oreille. Moman va aller faire couler un bon bain pour son p’tit amour, ajoute-t-elle en quittant la chambre.
Mon ventre gargouille. J’aurais préféré manger avant de me laver, mais maman, c’est maman. La baguette à la main, patronne de mon monde, je ne peux rien lui refuser. J’entends l’eau couler dans la baignoire. Puis sa voix au loin qui m’appelle.
- Viens, mon grand, le bain est prêt !
D’un pas allègre j’entre dans la salle de bains. Elle s’approche et me retire lentement mon pyjama. Nu comme un ver, je frissonne de plaisir. Maman dépose un baiser sur mon front, elle me saisit par les aisselles et me pose debout dans l’eau glacée. Plein de crainte, je scrute le visage impassible de mon amour. À quoi veut-elle jouer ? Mais elle appuie de toutes ses forces sur mon épaule, elle m’oblige à m’asseoir dans l’eau. Je veux sortir.
- On va faire le sous-marin. T’aimes ça l’sous-marin, hein ?
J’essaie de me débattre, je ne veux plus jouer du tout.
- Bon, tu restes tranquille ! Moman a pas envie d’se fâcher aujourd’hui.
Ne plus bouger. Attendre que le jeu se termine. Elle m’enfonce la tête sous l’eau. Mes larmes se mêlent à l’eau glacée. Mon corps tremble. Je suffoque. Je suis son jouet. Ses mains se retirent. Je respire avidement, je tousse. À peine le temps de reprendre mon souffle, voilà qu’elle recommence.

Fiction Félin

paru le 25 Août 2003

isbn: 2-86645-514-2

la presse en parle

L'auteur: Martin Bérubé a 39 ans, Il vit à Montréal et en Europe, Ce livre est son premier roman.

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