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Tristan et Iseut

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Née peut-être d'un événement dont l'histoire n'a pas conservé la trace, mais profondément ancrée par ailleurs dans l'imaginaire du monde celte - on en trouve des doublets en Irlande dès le plus haut Moyen Age -, la légende de Tristan et Iseut serait apparue, en tant que telle, aux environs du VIIIe siècle en Ecosse méridionnale. La plus ancienne version mentionnée, celle du Gallois Bréri, aurait vu le jour vers 1135. Elle a été perdue. Et pour reconstituer l'histoire des deux plus célèbres amants de la littérature, il a fallu assembler les fragments subsistants d'oeuvres postérieures : celle de Béroul, de Thomas, les deux manuscrits de Berne et d'Oxford de la Folie Tristan, le^poème de Marie de France ; et aussi avoir recours aux versions allemandes d'Eilhart et de Gottfried ou à la Saga norroises composé en 1226 pour le roi du Danemark.
La légende de Tristan était scandaleuse. Il fallait donc la normaliser en changeant son contexte psychologique et social. En 1230, apparaissent les premières versions d'un Tristan en prose. La légende y est remodelée pour devenir un roman de chevalerie où le chevalier Tristan participe à l'épopée arthurienne.
Si Wagner réinvente le mythe en l'approfondissant, du moins en revient-il aux textes originaux, en particulier à celui de gootfried. Et, par cet opéra génial que Michel Cazenave considère à juste titre comme "une mythologie de l'union", les amants vont devenir à nouveau célèbres.
En 1900, Joseph Bédier s'efforcera à une reconstitution historique et méticuleuses, sans parvenir à préserver la dimension mythique du poème.
Pierre Dalle Nogare, notre ami, avait écrit ceztte nouvelle adaptation avant de nous quitter en soir d'automne, le 16 novembre 1984, alors qu'il allait avoir cinquante ans. Parue dans un ouvrage à tirage limité, elle était restée jusqu'à présent confidentielle.
On a écrit de Pierre Dalle Nogare qu'il était "le plus grand poète du désespoir de sa génération". Nous pensons, plutôt, que la conscience qu'il avait de vivre dans l'apparence le situait dans un vertige qui allait bien au-delà du désespoir.
Sa rencontre avec Tristan et Iseut, cette histoire d'amour et de mort, "ce long chant plein de rêves et de fatalité", s'est inscrite dans sa vie comme un possible entre Rien et Etre. Pour lui, et jusqu'en ses derniers pas vers l'absence, l'amour ouvrait la nuit.
En recréant à son tour la légende, il a insisté sur ce qui la rapprochait de notre temps. C'est dans leur inconscient que naît le destin des personnages, et c'est en union avec le cosmos qu'ils l'accomplissent.
Cette union, Michel Cazenave, l'un des meilleurs analystes de Tristan et Iseut, la rend plus explicite. Au terme de son étude, il met au jour ce qui fut une vérité inconcevable : Dieu reconnaît les amants et "atteste à quel point ils sont libres de faute". En soulignant qu'ils vivent "selon la Loi sans loi qui est celle de son coeur".
On ne trouve les enluminures de la légende que dans les riches manuscrits du Tristan en prose. Le manuscrit Codex 2537 de la Bibliothèque nationale de Vienne, éxécuté au début du XVe siècle pour le duc de Berry, possède certainement le plus remarquables. Elles sont reproduites ici en fac-similé dans leur format d'origine avec une fidélité qui restitue à la fois la vigueur du graphisme, les nuances des couleurs et l'éclat des ors.
Ainsi que l'écrit Edmond Pognon, elles "ne rejoignent la légende que dans quelques-uns de ses épisodes. En revanche, elles offrent une excellente représentation du monde médiéval, de son éthique chevaleresque, de ses rituels et de ses perfections imaginaires." Nous sommes donc invités, en marge du mythe, à un autre parcours : un contrepoint historique qui peut apparaître aussi comme la conjuration somptueuses et courtoise d'une passion subversive.

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208 pages

prix: 60 €

paru le 31 Août 1991

isbn: 2-86594-078-0

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