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Fiche : Le guide des guérisseurs et autres thérapeutes
 
 
   
 
Leurs guérisons



Nous ne prétendons pas que nous aurions souhaité être gravement malades pour que nos enquêtes successives, terminées sur notre mort ou notre guérison, aient pu être pleinement concluante. D’ailleurs, si notre santé avait été réellement atteinte, nous n’aurions sans doute pas eu la liberté d’esprit propice aux jugements sereins, et certainement pas le courage de poursuivre notre expérience.
Du courage, en effet, il en faut pour affronter, d’une consultation à l’autre, les diagnostics les plus divers et parfois les plus pessimistes. On nous a découvert des affections sans gravité (troubles circulatoires ou digestifs, allergies, etc.), mais aussi des cancers en voie de développement, et quelques autres manières différentes mais tout aussi déplaisantes d’éprouver notre futur immédiat. De sorte que, et sans nous l’avouer l’un à l’autre, nous n’avons pu résister à la tentation d’un check-up. L’optimisme et la résistance morale ont tout de même certaines limites…
Sans être malades, nous avions quelques troubles fonctionnels dûment constatés par des médecins. Nous devons reconnaître qu’ils ont presque tous disparu. En outre, les guérisseurs semblent être venus à bout de quelques-uns de nos ennuis passagers.
À signaler cependant quelques accidents de parcours. Françoise, manipulée par un… phytothérapeute, a dû faire soigner son dos endolori par un ostéopathe. Jacques a éprouvé des migraines inhabituelles après certaines séances chez des magnétiseurs. Il en a conclu que le pouvoir du magnétisme pouvait être à la fois manifeste et inopportun.
Nous n’avons pas vu tous les guérisseurs de France. Mais nous en avons vu et entendu suffisamment pour nous faire une opinion sur ce monde singulier, où l’on trouve toutes sortes d’individus, de l’humble rebouteux de campagne au thérapeute mégalomane qui singe le médecin, s’efforce de parler son langage, établit des diagnostics totalement erronés et prescrit au hasard des traitements généralement à base de plantes et de remèdes homéopathiques, dont on peut seulement espérer qu’ils sont vraiment inoffensifs. Nous avons rencontré des hommes cordiaux et des femmes bienveillantes, étonnés d’avoir «un don» et de pouvoir aider les autres. Et aussi le pire: des charlatans parfois burlesques, souvent dangereux.
Dans les salles d’attente où nous avons, nous aussi, attendu, nous avons écouté les autres clients raconter leurs tourments, leurs espoirs et aussi les miracles dont ils ont eu connaissance ou entendu le récit.
La mythologie de la guérison est riche en histoires légendaires. Tout village de France en connaît plusieurs, chaque guérisseur en a réuni des dizaines, certifiées conformes par ceux qu’il a guéris, les livrant au besoin à des auteurs dont la bienveillance lui est acquise. Le plus célèbre d’entre eux, le journaliste Jean Palaiseul, n’a pas lésiné sur la question: avec Chez les guérisseurs qui guérissent, Tous les moyens de vous guérir interdits aux médecins (5 tomes!) et Tous les espoirs de vous guérir (2 tomes) 1, il a certainement apporté à la profession sa légende dorée. Une œuvre qui s’est fort bien vendue. On ne se lasse pas si facilement des histoires de guérisons miraculeuses. Qu’elles concernent les cas graves ou les maladies courantes mais rebelles, elles sont à la base du succès des guérisseurs, et en offrent une explication simple et fondamentale. Nous les avons choisies aussi variées que possible, pour qu’elles puissent donner une large idée des maladies auxquelles ils sont confrontés, et dont, à tort ou à raison, on leur attribue la guérison.


Des miracles à la pelle

Commençons par un miracle du Padre Pio, dont Maria Winowska a été une excellente exégète. Elle rapporte le cas de Joséphine Marchetti 2, Italienne de Bologne, âgée de vingt-quatre ans.
En juillet 1930, la jeune fille se fracture un bras déjà accidenté trois ans auparavant. On l’opère, mais elle ne parvient pas à en retrouver l’usage. L’excision d’une partie de l’omoplate l’a paralysée et le chirurgien considère cette incapacité comme définitive. Joséphine est alors dirigée par ses parents vers le Padre Pio, un capucin stigmatisé qui réalise des guérisons miraculeuses. Il la bénit et l’assure de sa guérison prochaine. Elle a lieu, effectivement, en septembre de la même année. Une radiographie, aussitôt effectuée et conservée par Joséphine Marchetti, montre un squelette qui ne comporte aucune trace de fracture ou d’intervention chirurgicale.
Le Padre Pio (1888-1968) est certainement le prêtre guérisseur le plus célèbre et nous n’en citerons pas d’autre. D’ordinaire, les guérisseurs sont des laïcs, que leur profession première n’a pas particulièrement prédis-posés au mysticisme. Ainsi, André Besson, dont Louis Lamarre nous a entretenu 1, était-il directeur commercial d’une manufacture d’armes et de cycles avant de découvrir son don de guérir. Louis Lamarre a rencontré à Bourdeilles, en Périgord, Juliette M… qui se considère «sauvée» par ce guérisseur devenu célèbre.
En septembre 1958, une hémiplégie l’avait laissée impotente. Un long traitement dans un hôpital parisien n’étant pas parvenu à améliorer son état, son mari la conduisit chez André Besson à Limoges. Dès la première séance de magnétisme, elle commença à recouvrer l’usage de sa jambe et de sa main. Deux mois après, elle pouvait marcher.
Dans le livre qu’il consacre à Raymond Réant 2, Alain Sotto accumule les témoignages sur les guérisons réalisées par celui-ci: méningite, artérite, lésion de l’œil, cancer, etc. En mai 1971, une radiographie suivie d’un prélèvement révèle chez M. X… un cancer des poumons. L’intervention de Raymond Réant permet un rétablissement spectaculaire. Un an plus tard, les poumons apparaissent, lors d’une nouvelle radiographie, dans un état parfait. «Je pense que, sans M. Réant, mon père ne serait plus de ce monde», écrit le fils du patient.
Parmi les guérisons «miraculeuses» signalées par la presse ces dernières années, nous avons retenu celle – spectaculaire – de jumeaux, Michel et Christian Bainconau, aveugles de naissance, guéris à l’âge de quinze ans par un magnétiseur de Toulouse, Marcel Gleyses. Cette cécité avait été diagnostiquée à l’âge de quatre mois. L’hypothèse – un moment retenue – d’une origine infectieuse consécutive à une encéphalite dont ils avaient été victimes, avait été finalement abandonnée. Les spécialistes de Nancy, Genève et Paris, qui les avaient successivement examinés, estimaient se trouver en présence d’un cas d’ordre génétique. Nous possédons la photocopie d’une attestation du professeur A. F… qui authentifie l’état des deux enfants avant leur guérison.
Le 9 avril 1963, après examen à l’hôpital cantonal de Genève (Clinique universitaire d’ophtalmologie), le professeur A. F… se ralliait aux conclusions d’un de ses confrères:

Nous confirmons, écrivait-il, les constatations du Dr H. A. M… et en raison de l’abolition de l’électrorétinogramme, pensons qu’il s’agit d’une forme d’amaurose congénitale tapétorétinienne de Leber.

Au mois de septembre 1976, Mme Bainconau, en dernier recours, conduisit ses enfants chez le magnétiseur toulousain. Celui-ci entreprit alors un traitement par «passes magnétiques». Après quelques séances, on constata que les jumeaux commençaient à discerner les formes. Un peu plus tard, ils distinguèrent les chiffres et les aiguilles d’un réveil, les titres des journaux… Actuellement, leur vision, sans être parfaite, est celle de personnes normales bien que fortement myopes.
Sophie, quatorze ans, traitée par un magnétiseur, André Navarre, a fait également l’objet d’un examen préalable par un spécialiste, le Dr D…, médecin à l’hôpital Mémorial France-États-Unis de Saint-Lô. Nous reproduisons ici la lettre adressée au médecin traitant le 2 juin 1981.

L’électromyogramme de la jeune Sophie P… confirme bien l’atteinte neurogène périphérique diffuse lentement évolutive à prédominance distale.
Je pense qu’il s’agit donc d’une amyotrophie spinale liée à une altération des cornes antérieures de la moelle type Kügelberg-Welander. Cette affection est lentement évolutive avec quelquefois des à-coups comme cela a dû se produire depuis quelques mois, expliquant l’aggravation des troubles de la marche. Il n’y a malheureusement pas de traitement spécifique, ce qui n’exclut pas toutefois un traitement symptomatique. Je vous propose de lui donner des vitamines B associées à de l’Uteplex. Enfin, une kinésithérapie régulière est certainement un élément important afin de lui permettre de compenser au mieux son déficit musculaire.

Trois mois plus tard, Sophie fut amenée par ses parents chez André Navarre. Le traitement permit une amélioration surprenante attestée par la lettre suivante adressée par les parents au guérisseur:

C’est par cette lettre que je viens vous remercier de tout le bien que vous avez apporté à ma fille, Sophie, quatorze ans, atteinte d’une amyotrophie spinale, avec troubles de la marche. Ci-joint, photocopies des certificats médicaux.
Quand je suis venue vous voir avec ma fille, fin septembre 1981, Sophie ne marchait presque plus, tombait souvent, nous étions obligés de lui soulever les jambes pour monter en voiture, elle souffrait de crampes dans les mollets, de migraines dans la tête, et dans la colonne vertébrale, elle ne dormait plus, et ne mangeait plus. Le médecin et le kinési m’avaient dit que Sophie ne marcherait plus d’ici quelque temps.
Depuis une dizaine de séances, chez vous, de magnétisme, les crampes ont disparu, le sommeil et l’appétit sont revenus, et au bout d’un an d’un traitement suivi, Sophie remarche bien, ne souffre plus nulle part, elle refait du tennis, de la marche à pied et elle arrive à faire du vélo, et elle suit normalement ses études.

Jacques Dessaint, guérisseur, auteur de Le Pouvoir des vrais guérisseurs donne de nombreux témoignages de guérisons, qui, dit-il, figurent dans les dossiers d’instruction de ses procès.

Je viens vous remercier, écrit Mme B. B…, ainsi que mon mari, de ce que vous avez fait pour lui. Après sept séances de magnétisme, vous avez réussi à lui calmer les douleurs atroces d’une névralgie faciale, qui revenaient périodiquement depuis douze ans et qui, depuis environ deux ans, étaient permanentes. Il ne pouvait ni parler, ni manger, ni se raser, ni se moucher; enfin, tous les mouvements de la bouche lui déclenchaient des souffrances intolérables et souvent le réveillaient la nuit. Pourtant nous avions consulté plusieurs spécialistes, et suivi divers traitements sans aucune amélioration. Notre moral à tous deux finissait par être atteint. Malgré son courage, il en arrivait à souhaiter la mort 1.

Nous avons eu également connaissance du cas de Mme D…, parce qu’il a été cité comme témoignage au cours du procès de René Aliaga en septembre 1985. Mme D… étant l’épouse d’un médecin, son témoignage a dû compter plus que tout autre dans la décision du tribunal qui a relaxé le magnétiseur. Mme D… souffrait depuis cinq ans de troubles graves (ovarite sclérokystique, mastose, grossesses extra-utérines ayant abouti à l’ablation de la trompe gauche en 1983). Les traitements médicaux par progestatifs et Parlodel fournissant peu d’amélioration, elle avait perdu tout espoir de maternité. Elle alla voir René Aliaga. À la première séance, elle ressentit une violente réaction à l’ovaire droit. À la seconde, elle éprouva la même réaction, mais à gauche, ainsi que la disparition des douleurs mammaires et ovariennes. À la suite de ce traitement, elle est devenue maman en juin 1985.
C’est au cours d’une des visites effectuées pour les besoins de ce livre que Jacques a pu entendre le récit et obtenir la preuve d’une guérison accomplie par un magnétiseur parisien, Henri Cros. Un dimanche de l’année 1959, Henri Cros allait assister à une conférence du Dr Dugast. En sortant de celle-ci, il passa devant une autre salle dont la porte était ouverte. Sur la porte, un panneau: voyance et divination sur photo. À l’intérieur, une très nombreuse assistance semblait fascinée par trois femmes assises sur une estrade derrière un large bureau. Intrigué, Henri Cros décida d’entrer. Les gens qui composaient l’assistance avaient déposé une photo d’un proche (mort ou vivant) sur le bureau. Chaque voyante, alternativement, prenait alors une des photos au hasard, se concentrait et commençait à parler de la personne y figurant. Soudain, l’une des voyantes se fit péremptoire: «Depuis sa naissance, cette petite fille est paralysée et ne parle pas. Les médecins ont affirmé qu’elle ne pourra plus jamais marcher. C’est sa mère qui a déposé cette photo ici. Levez-vous, madame!» Une femme se leva. La voyante continua: «Je sais qu’on peut guérir cette enfant. La personne qui peut le faire est d’ailleurs dans cette salle. C’est un magnétiseur.» Henri Cros reçut comme un électrochoc! Il rougit et se demanda quel confrère assistait aussi à cette réunion. La voyante reprit: «Il n’y a qu’un magnétiseur dans cette salle. Monsieur, levez-vous, s’il vous plaît, et prenez immédiatement contact avec la mère de l’enfant car vous pouvez faire quelque chose!» Dès le lendemain, la mère amenait, dans ses bras, la petite fille âgée de six ans chez Henri Cros. Après trois mois de magnétisme, à raison d’une séance (gratuite) par semaine, elle se mit à recouvrer progressivement l’usage de ses jambes. «Mais le plus émouvant, déclara Henri Cros, fut de voir la petite, lors d’un de mes procès pour exercice illégal de la médecine, venir témoigner à la barre, en marchant normalement.»
Les résultats obtenus par les guérisseurs font non seulement l’objet d’attestations des malades traités, mais sont parfois corroborés, nous l’avons vu, par des pièces médicales. Ainsi certains cas donnent-ils lieu à un véritable dossier. Nous avons relevé celui-ci, attesté par le malade en juillet 1984 à l’Institut Solomidès.

Témoignage de Joseph F…, atteint en 1959 d’un cancer du testicule gauche, condamné par les médecins en novembre 1960 (par suite de son refus de poursuivre un traitement), et toujours vivant en juillet 1984, après un traitement par les physiatrons synthétiques du Dr Solomidès.
À l’appui de son témoignage, le malade fournit la photocopie de l’examen n° A 17585 subi le 19 octobre 1959, qui met en évidence «la présence de cellules cancéreuses dans le testicule enlevé à M. Joseph F…».
À la suite de cette ablation, il suit un traitement par rayons (copie de la lettre adressée par le spécialiste au médecin traitant du malade).
En novembre 1960, rechute ganglionnaire inguinale gauche. Le malade refuse de poursuivre les traitements, qu’il estime invalidants et fatigants. Les médecins lui signifient alors un pronostic fatal à brève échéance.
Début 1961, il commence un traitement «Solomidès». Le 22 février, la tumeur a régressé «de la taille d’une mandarine à celle d’un petit pois». Le 12 mars 1963, cette tumeur résiduelle est opérée par le chirurgien de M. Joseph F… Ce dernier poursuivit le traitement aux physiatrons synthétiques après l’opération, pendant quatre ans, par périodes de deux mois.

De toutes les guérisons, celle du cancer est la plus frappante. Mais certaines maladies dites mineures peuvent, à la longue, devenir insupportables, et le soulagement apporté par un guérisseur prend alors la dimension d’un événement quasi miraculeux.
Jean Raillon, aromathérapeute, décédé en 1998, s’était fait une spécialité de ces affections dont il a guéri des personnalités célèbres: John Kennedy pour des douleurs à la colonne vertébrale, Charlie Chaplin pour un eczéma, Maurice Chevalier pour des crampes intestinales…
Il conservait précieusement la lettre d’un médecin, le Dr Valnet, que ses propres recherches dans le domaine de l’aromathérapie ont rendu célèbre. Jean Valnet a soumis à l’expérimentation les compositions de Jean Raillon: pommade antirhumatismale, solution pour inhalations contre la sinusite et l’asthme. Les résultats communiqués: 7 résultats positifs sur 10 pour les rhumatismes, 2 sur 3 pour l’eczéma, 7 sur 9 pour l’asthme, et 12 sur 14 pour la sinusite, laissent à penser que les produits du guérisseur sont excellents. À moins que l’on ne préfère en conclure que le pouvoir de suggestion de celui-ci, agissant par médecin interposé, ait été le facteur essentiel des guérisons constatées.
La qualité des témoignages est pour beaucoup dans la réputation du guérisseur. Avec des personnalités comme clients, et un médecin comme expérimentateur, Jean Raillon a acquis une dimension que lui envient certainement beaucoup de ses confrères.
Serge Léon Alalouf, «le Grand Alalouf», surnommé également «l’homme radioactif», à qui on a prêté la guérison de quelque trois cent mille malades, avait acquis sa respectabilité grâce à la notoriété de quelques-uns de ses patients: Alphonse XIII, Gandhi, Jean Anouilh, Jean-Noël Grinda, Édouard Herriot.
Le maire de Lyon, qui avait marqué la politique de la France pendant toute une génération, souffrait vers la fin de sa vie de crises de rhumatismes aigus (sans qu’il faille y voir, bien entendu, une relation de cause à effet!). Quelques séances d’imposition des mains suffirent pour le soulager, lui permettre de marcher normalement et d’assurer une activité… anormale pour un âge déjà respectable: il avait alors dépassé quatre-vingts ans. Édouard Herriot n’étant pas M. X…, l’anecdote prend un poids singulier, on le conçoit aisément.
Maurice Mességué a bénéficié de clients tout aussi célèbres, et de témoins de qualité. Ainsi, un journaliste parisien, Henri Mari, s’est trouvé dans son cabinet au moment où une jeune fille, Anne-Marie M…, venait remercier Mességué de sa guérison 1.
Anne-Marie M… était venue voir Mességué après avoir consulté une foule de médecins qui l’avaient laissée sans espoir. Elle souffrait d’une anomalie congénitale: une atrophie du bras droit, devenu peu à peu paralysé et de plus en plus insensible.
Mességué lui prescrivit un traitement de trois mois à base de thym, bardane, ortie piquante et persil (antirhumatismaux), de camomille romaine (antispasmodique et décontracturante), aubépine et tilleul (calmants légers), prêle, gentiane jaune et oignon (antianémique et antirachitique). Le tout sous forme de cataplasmes, bains de pieds et de mains.
Le premier mois, le traitement ne fit aucun effet. Mais dès le deuxième, Anne-Marie M… ressentit des fourmillements dans les doigts, et au bout de trois mois, elle commençait à bouger la main, et pouvait lever le bras.
Le journaliste, pensant que la visite de la jeune fille n’était pas fortuite, et sceptique sur la guérison obtenue, décida d’enquêter. Il rencontra les médecins traitants qui avaient conclu au caractère incurable de la malformation. Il vit les parents de la jeune fille et ses proches, leurs amis, employeurs… et même la police pour une enquête de moralité. La guérison était bien réelle, et il le fit savoir.
La volupté secrète, le témoin idéal pour un guérisseur est évidemment un magistrat. Cela arrive plus fréquemment qu’on ne pourrait le croire. Car pour être juge, on n’en est pas moins homme et donc sujet aux maladies.
Pour Maurice Mességué, le président d’un tribunal a certainement représenté un tournant décisif. Louis Lamarre rapporte 1 cet épisode singulier de la carrière du grand guérisseur: «Je venais d’être condamné, une fois de plus. Soudain, le président se tourne vers mon avocat, maître Floriot, et lui dit qu’il aimerait me voir dans son cabinet. Étonné, je m’y rends. Monsieur Mességué, me dit-il, j’ai des rhumatismes. Si j’en juge par la qualité des témoins qui sont venus à la barre, vous êtes apte à me soigner. Je viens vous demander de le faire…»
Quelque temps plus tard, Maurice Mességué écrivit à son juge pour lui demander un témoignage éventuel, car, sous l’effet du traitement de Mességué, les rhumatismes avaient bel et bien disparu. Le juge y consentit et lui fit parvenir la lettre suivante: «J’ai condamné à cause de la loi. Mais je suis un homme et je dois tout dire. J’ai demandé à maître Floriot d’introduire M. Mességué dans mon cabinet. Il m’a soigné. En tout honneur, je vais dire ce qui s’est passé: il m’a guéri…»
Nous atteignons, dans l’histoire des guérisseurs, à un moment parfait dont nous ne saurions redescendre. Mais nous ne résistons pas au plaisir de livrer in extenso le témoignage peu commun d’un autre client satisfait, M. Michel D…
Michel D… a eu la malchance d’avoir un rhume de longue durée (vingt et un mois) et la singulière persévérance de le confier aux médecins et aux médecines les plus divers. Jusqu’à sa guérison par un magnétiseur, M. Joseph Boucharlat.

Je soussigné, Michel D…, demeurant à…, certifie que M. Boucharlat, magnétiseur à Roussillon, m’a soigné et surtout m’a guéri d’un rhume chronique.
À savoir: depuis 21 mois, je me faisais soigner pour un rhume, soit les symptômes suivants: mal de tête, mal de gorge, le nez qui coule (je tiens à signaler que, les derniers temps, je mouchais du sang, et que j’avais très mal aux oreilles).
Pendant ces 21 mois, j’ai vu les médecins suivants qui m’ont prescrit des traitements plus ou moins forts.
À savoir:
ALLERGOLOGUE :
– 1 piqûre par semaine à hase de cortisone, Zaditen et Primalan, 1 comprimé matin, midi et soir.
– Soufrane soluté nasal soufré, 3 à 5 fois par jour.
PHARMACIE :
– Rupton et sup rhinite, 3 gélules par jour.
HÔPITAL : 2 O.R.L.
– Dénoral, 3 fois par jour.
– Rovamycine 500, 3 fois par jour.
– Balsofumine tous les soirs.
J’ai dû arrêter le traitement car j’ai fait une allergie aux médicaments prescrits.
J’ai donc vu un généraliste qui m’a ordonné d’arrêter les médicaments ci-dessus et de prendre:
– Céporine piqûres IM 3 – Primalan et Ultralan.
Les deux médecins que j’ai vus à l’hôpital étaient formels: on devait m’arracher les dents du haut, car je faisais une infection interne.
O.R.L. en ville:
– Biocidan nébuliseur, 4 à 6 fois par jour – Solacy, 1 gélule matin, midi et soir.
– Rhin-ATP sans vaso-constricteur, 10 jours (ce docteur m’a suivi avec les traitements ci-dessus, et devait m’opérer des sinus).
J’ai téléphoné à ce docteur pour lui donner de mes nouvelles qui n’étaient guère satisfaisantes, et celui-ci m’a répondu: «Vous n’avez qu’à changer de région!…»
HOMÉOPATHIE :
– Poumon histaminum 9 CH.
– Naphtalinum 5 CH.
– Nux vomica 7 CH.
ACUPUNCTURE :
– 1 séance de 30 mn par semaine pendant 1 mois, ensuite tous les mois.
– MAG 2, 3 ampoules par jour - Biocidan O.R.L. – Lomusol, 4 fois par jour – Teldane, 1 comprimé 2 fois par jour – Calcium Sandoz fort, 2 comprimés par jour pendant 15 jours.
– Bécotide, 3 à 4 fois par jour – Zaditen, 1 gélule matin et soir.
– Optium, 2 à 3 gouttes par jour – EMGE Lumière, 1 à 3 comprimés par jour.
– Calcium Sandoz IV lente (30) – Or-argent, 1 dose perling par jour (traitement de 7 mois sans résultat).
ALLERGOLOGUE-IMMUNOLOGUE :
– Bécotide nasal, 3 fois par jour – 1 injection IM de Diprostène, 20 injections sous-cutanées.
HOMÉOPATHIE :
– 2 piqûres - vermifuge corse – Hépar sulfuris 5 CH.
– Pinus pinaster – Allium – Cepa – Bryonia – Belladona.
– Mercurius.
Après tous ces traitements, qui ont duré 21 mois, j’étais toujours malade, fatigué, sans oublier les maux de ventre, les crises de foie, etc.
Après presque 2 ans de traitement sans résultat, j’ai téléphoné à M. Boucharlat, magnétiseur, qui a été très aimable, et qui m’a pris dans les meilleurs délais. Je tiens à signaler que quand j’ai vu M. Boucharlat pour la première fois, j’étais en pleine crise, soit le nez pris, mal de gorge, maux de tête. Après une séance de magnétisme qui a duré 1 heure, je n’étais plus malade, je me sentais très bien (sans médicaments).
M. Boucharlat m’a écouté, il m’a conseillé, et il a tout de suite trouvé le mal, et m’a guéri.
M. Boucharlat m’a fait 4 séances de magnétisme qui ont été pour moi bénéfiques, car aujourd’hui je ne suis plus enrhumé. Je remercie M. Boucharlat pour tout ce qu’il a fait pour moi, ainsi que pour tous les conseils qu’il a pu me donner, sans oublier Mme Boucharlat, qui a été très aimable et qui a su me faire patienter dans la bonne humeur.
Je ne regrette qu’une chose, c’est que les magnétiseurs ne soient pas plus connus, car à Grenoble ou ailleurs, il doit y avoir certainement des cas semblables au mien, et je trouve qu’il est plus agréable de guérir sans médicaments, plutôt que d’employer les traitements classiques: les ANTIBIOTIQUES.
Pourquoi les magnétiseurs ne sont-ils pas reconnus comme des médecins?…

Parfois, certains guérisseurs réécrivent, involontairement, la célèbre parole de l’Évangile «Lève-toi et marche!» Cela arriva, par exemple, à Loïc Eléouët, magnétiseur à Saint-Thegonnec (Finistère). En 1992, l’un de ses clients, M. P. pénètre, désemparé, dans son cabinet: il souffre depuis trois ans d’une cyphose dorsale (déviation de la colonne vertébrale avec convexité postérieure) compliquée d’une épiphysite (inflammation) avec pour unique traitement, de la part de son médecin, des anti-inflammatoires pour supporter la douleur. En revanche, comme M. P. commençait à se courber de plus en plus vers l’avant, son médecin envisageait de lui faire porter un corset, si aucune amélioration n’intervenait dans les six mois. Inquiet, M. P. décida alors d’aller voir Loïc Eléouët qui lui demanda s’il ne souffrait pas d’une décalcification des disques intervertébraux, appelée aussi maladie de Scheuermann, une maladie jamais évoquée par le médecin traitant. Après trois séances de magnétisme, M. P. retourna faire le point chez son médecin… qui confirma le «diagnostic» du guérisseur et constata que la maladie non seulement n’avait pas évolué mais avait même légèrement régressé. Autre bonne nouvelle: M. P. se remit progressivement à marcher en se tenant droit.
Il arrive aussi que le magnétisme redonne de l’espoir à certains femmes victimes de stérilité, à condition que cette dernière ait pour cause des blocages psychologiques ou hormonaux mais non mécaniques. C’est précisément le cas de Régine C. de Nanterre (Hauts-de-Seine) que Myriem Lacroix-Breton, magnétiseuse dans la même ville, réussit à soigner. Traitée médicalement depuis septembre 1991 et après avoir subi huit inséminations artificielles ainsi que quatre fécondations in vitro (F.I.V.), toutes infructueuses hélas, Régine C. consulta en mai 1997 Myriem Lacroix-Breton qui la soumit à une séance de magnétisme par semaine pendant deux mois, Régine C. continuant de respecter les différentes phases de son traitement médical, qui alternait blocage et stimulation des ovaires. Laissons la parole à Régine C.:

«À cette période-là, on pratiqua sur moi une cinquième F.I.V. qui échoua. Là-dessus, l’été est arrivé et je suis partie en vacances. Je n’ai repris mes séances chez la magnétiseuse qu’à la rentrée. Le 3 novembre, au cours d’une sixième tentative de F.I.V., on me préleva six ovocytes et quatre furent fécondés. Après une mise en culture de quelques jours, on me réimplanta deux embryons le 8 novembre. Un seul se fixera. Je suis aujourd’hui maman d’un petit garçon de 2,8 kg et de 48 cm.»

Le traitement médical a-t-il fini par triompher à la sixième tentative, le magnétisme a-t-il vaincu la stérilité de Régine C. ou bien a-t-on assisté à la création d’une subtile alchimie entre les deux thérapies? Peu importe: aujourd’hui Régine C. a concrétisé son rêve de maternité. C’est tout ce qui compte finalement.
Le magnétisme peut aussi aider à résoudre certains états dépressifs. Jacques Montagner, magnétiseur à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) l’a expérimenté sur des adolescents qui, semble-t-il, sont de plus en plus sujets à ce type de maladie, due en général à un surmenage, à une chute de vitalité ou à un état de stress au moment de l’entrée dans la vie active. Comme cette jeune fille qui, en 1998, arriva dans son cabinet sous très forte médication. Son ordonnance prescrivait, en effet, les doses suivantes à prendre chaque jour, sous forme de comprimés: 2 Haldol 5 ®, 2 Tercian 100 ®, 3 Heptamyl ®, 4 Solian 50 ®, 2 Artane 5 ®, 1/2 Rohypnol ®, 3 Duphazac ®. Tout en pratiquant des séances de magnétisme, la jeune fille revoyait son médecin à intervalles réguliers toutes les deux semaines: celui-ci, constatant des progrès, se mit à réduire progressivement la quantité de comprimés. Au bout de treize séances de magnétisme sur deux mois, la jeune fille se sentant beaucoup mieux, le médecin décida d’arrêter définitivement le traitement.
Les radios permettent aussi de visualiser les guérisons obtenues chez un guérisseur. Mme C., habitant Toulouse (Haute-Garonne), avait son épaule gauche bloquée et souffrait énormément. Une radio, demandée par son médecin traitant et effectuée le 14 février 1989 au Centre médical de Toulouse, indiqua: «Les segments articulaires sont de texture osseuse homogène, de contours réguliers, de rapports normaux. Il existe une petite calcification à la partie inférieure de la glène pouvant rentrer dans un processus de périarthrite.» Quelques anti-inflammatoires furent prescrits. La douleur ne disparaissant pas, Mme C. rendit visite à Henri Marguery, magnétiseur à Toulouse. Après une dizaine de séances, la douleur avait complètement disparu, ce que confirma une nouvelle radio réalisée, le 6 juin suivant, au Centre médical de Toulouse: «Épaule gauche: morphologie et structure osseuse normales.»
Pour conclure ce chapitre, voici l’étonnante aventure arrivée à Jumbo qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas un éléphant mais un cotton de Tuléar, chien aux poils longs et raides, aventure qui semble démontrer que le magnétisme n’agit pas par autosuggestion. Laissons témoigner M. et Mme Louvel, habitant Port-Marly (Yvelines), qui ont immortalisé la guérison de leur toutou dans une lettre pleine d’émotion rédigée le 10 mars 2000:
Par la présente, nous tenons à remercier Myriem Lacroix-Breton, magnétiseuse à Nanterre, pour le résultat inespéré que ses dons ont eu sur notre petit chien Jumbo. Souffrant d’alopécie (perte des poils sur tout le corps), Jumbo a dû, pendant deux années, subir les examens de nombreux vétérinaires ainsi qu’une biopsie à l’École vétérinaire de Maisons-Alfort où il est resté en observation pendant deux jours. Au final, il fut décidé de lui administrer un traitement contre le dysfonctionnement de la glande thyroïde, un vétérinaire ayant même conseillé de castrer Jumbo afin qu’il ait 50 % de chances de retrouver ses poils. Ce que nous avons refusé.
Un an après ce traitement, rien ni personne n’ayant réussi à faire repousser un seul poil de Jumbo, nous nous sommes tournés vers le magnétisme. Au bout de la deuxième séance réalisée chez Myriem Lacroix-Breton: surprise! Le poil a commencé à repousser par touffes. Nous avions l’impression qu’on avait fait des implants à Jumbo. Puis, progressivement, le corps de Jumbo s’est recouvert de poils, ne laissant plus apparaître un seul centimètre de peau nue.
Aujourd’hui, Jumbo semble en très bonne voie de guérison et a retrouvé ses poils longs et raides qui font honneur à sa race et sans lesquels Jumbo paraissait si triste et si fragile. Même si de nombreuses personnes doutent encore de l’effet réel du magnétisme sur le corps en évoquant le côté «psy», Jumbo est la preuve vivante que l’autosuggestion ne semble pas être la cause du résultat obtenu.


Le mur du refus

Les faits que nous venons de rapporter, et que nous avons seulement choisis comme exemples parmi ceux très nombreux dont nous avons eu connaissance, devraient d’un point de vue scientifique et médical prêter au moins à discussion. Or ils sont rejetés sans examen. Le «guérissage», n’étant pas de la médecine, ne saurait guérir. C’est aussi simple que cela et aussi définitif. Si des malades guérissent à l’insu des médecins, c’est qu’ils n’étaient pas vraiment malades ou qu’ils n’ont pas été vraiment guéris. À moins, et l’on consent quand même à l’énoncer, que la (bonne) nature du sujet soit seule à l’origine d’un rétablissement hors programme. Tout est possible en matière médicale, mais hors de l’action des guérisseurs. Une affirmation un peu trop péremptoire pour être convaincante.
Les arguments utilisés sont cependant indiscutables. Celui de la maladie imaginaire recouvre les observations quotidiennes des médecins. En l’espèce, les personnes qui se prétendent souffrantes n’éprouvent en fait que des symptômes dont aucun examen ne confirme la réalité. Ces pseudo-maladies, souvent aussi handicapantes que les vraies, peuvent se soigner aussi bien par des médicaments composés de substances totalement inactives mais annoncées comme agissantes (c’est l’effet placebo) que par la persuasion du malade par le guérisseur.
Et il faut bien signaler que, parfois, le guérisseur «trouve» des maladies pour les soigner ensuite. Le plus souvent, le diagnostic est informel: je sens quelque chose qui ne va pas bien ici… c’est l’estomac, ce sont les reins…, et se range avec quelques nuances à l’avis du malade. Il se veut réconfortant: ce n’est pas grave, je vais arranger cela facilement. Parfois, par ignorance ou par charlatanisme, il est beaucoup plus précis ou alarmant.
Tous ceux qui ont enquêté sur les guérisseurs, à commencer par nous-mêmes, se sont vus signifier quelques maladies terribles et imaginaires dont, bien entendu, l’action du guérisseur allait les guérir. À Marion Ferrière, enquêtant pour Le Crapouillot 1, un «praticien des thérapeutiques naturelles» découvre la maladie de Bouillaud (qui, mal soignée, peut entraîner des lésions cardiaques mortelles). Noël Bäyon 2 se voit confirmer sans hésitation la tuberculose qu’il signale. À Sabine, qui avait collaboré à notre deuxième enquête, une guérisseuse pseudo-mystique annonçait qu’elle était gravement atteinte et que, sans intervention de sa part (moyennant un forfait de 25 000 francs!), on serait obligé de «lui enlever tous les organes (féminins)». À Françoise et à Jacques on découvre un cancer latent ou un état… cancérinique! Autant de maladies parfaitement inexistantes, qu’il sera aisé de faire disparaître moyennant des traitements plus ou moins longs et plus ou moins coûteux.
Il est vrai également que nombre de malades ressentent, après leur passage chez des guérisseurs, une amélioration momentanée de leur état, due sans doute à l’espoir d’une guérison. Cette amélioration peut également coïncider avec une phase de rémission de la maladie.
Le Dr Christian Coërs fait remarquer, à propos de la sclérose en plaques 3, que «la caractéristique de cette maladie du système nerveux est d’évoluer par poussées, entrecoupées de rémissions partielles ou complètes». Il souligne aussi que l’impotence motrice n’est pas la règle et que «bon nombre de malades sont encore en vie vingt à vingt-cinq ans après les premiers symptômes, un peu plus de 20 % d’entre eux menant une vie tout à fait normale». On conçoit que les exploits des guérisseurs puissent parfaitement s’intégrer dans cette évolution de la maladie que l’on met rarement en évidence. Au contraire, le public et une bonne partie du corps médical pensent que l’invalidité et la mort sont l’aboutissement inévitable de la sclérose en plaques.
La rémission étant également courante dans la leucémie (maintenant souvent guérie), cela explique nombre de prétendus miracles obtenus par des guérisseurs dans son traitement. L’un de ceux-ci apporta en 1963 à Gaston Naessens une gloire éphémère, suivie rapidement d’une déchéance méritée.
Sans avoir connu les honneurs de la presse, les «miracles» de Naessens s’étaient déjà produits plusieurs années auparavant, dûment enregistrés par l’infatigable Jean Palaiseul. Dans l’un des volumes de Tous les moyens de vous guérir interdits aux médecins, il écrivait: «Depuis 1950 le biologiste Gaston Naessens a mis au point un remède anticancéreux. Ce médicament réalise des améliorations et des guérisons spectaculaires en neutralisant certaines glandes internes qui, selon son inventeur, sont responsables de l’anarchie cellulaire appelée cancer.» Gaston Naessens ayant été condamné en correctionnelle, Jean Palaiseul n’hésitait pas à manifester son indignation, et à œuvrer carrément dans l’épique. Il dénonçait «l’étonnante attitude de certains médecins, l’aspect inhumain des mesures judiciaires, les problèmes de conscience posés au chercheur non orthodoxe, les contradictions formelles existant à l’intérieur de la loi, l’intransigeance des milieux officiels, l’incompréhension des laboratoires, le désespoir et l’indignation des malades».
Selon Jean Palaiseul, Gaston Naessens aurait traité quelque dix mille «condamnés». Des malades dont certains viendront manifester le 16 avril 1957 devant le ministère de la Justice, et qui assureront avoir été sauvés par Naessens de cancers de l’intestin, du larynx, du sein, de la prostate… Le malheur de Naessens fut d’avoir eu un témoignage de gratitude trop retentissant. Le père d’un petit leucémique de treize ans, Bernard Ferran, proclama par voie de presse sa reconnaissance: Naessens, grâce au sérum de sa composition, l’Anablast, avait sauvé son fils condamné par les médecins. C’était en été 1963. De toutes les parties de l’Europe, des parents transportèrent leurs enfants pour consulter Naessens hébergé en Corse par M. Ferran. À la suite de Jean Palaiseul, des journalistes s’indignèrent: un biologiste de génie était traité par l’État comme un hors-la-loi!
En janvier 1964, un expert nommé par le ministère de la Santé, le professeur Denoix, révélait que l’Anablast résultait d’une erreur de base de Naessens et qu’il était totalement inefficace. Le mois suivant, la mort de Bernard Ferran confirmait, hélas, son rapport. Le 15 mai 1965, le «biologiste», qui n’était en vérité qu’un mécanicien, était condamné au maximum de la peine prévue, soit 18 000 francs d’amende. Peu de chose en vérité, mais la «carrière» de Gaston Naessens était, enfin, terminée.
Si nous avons insisté sur le texte de Jean Palaiseul, ce n’est certes pas pour l’accabler, mais pour montrer qu’une enquête chez les guérisseurs n’est pas une entreprise facile. Journaliste attaché à traquer la vérité, mais passionnément convaincu des bienfaits des thérapeutiques marginales, il avait conclu à l’efficacité d’un traitement qui n’en avait aucune. Reste à savoir si certains des cancéreux dont il a eu le témoignage ont été vraiment guéris. Nous n’en tirerions pas des conclusions sur le «traitement» de Naessens, mais bien sur l’efficacité qui lui était prêtée. Et qui nous paraîtrait, dans ce cas comme dans d’autres, le vrai problème du «guérissage».


La clé du guérissage

On remarque que, dans les faits que nous avons relatés au début de ce chapitre, figurent deux guérisons de cancers. L’une, attribuée à Raymond Réant, guérisseur ésotérique, l’autre, attribuée aux physiatrons synthétiques inventés par Jean Solomidès. Or, nous croyons fermement qu’en dehors des traitements utilisés par la médecine officielle, et qui ont fait leurs preuves, aucune méthode marginale, aucun guérisseur ne peut guérir un cancer. Ce qui ne veut nullement dire que ces cancers n’aient pas été guéris. Et sans que la médecine y soit pour quelque chose.
De tout temps, des malades considérés comme incurables ont recouvré spontanément la santé, sans que l’on puisse donner à ces événements hors des normes une explication rationnelle. Cela demeure exact aujourd’hui où, pourtant, tout effet ne saurait sérieusement se passer de cause.
Dans certains cas, le phénomène se produit en relation avec la foi en Dieu, en un saint, en une religion. À Lourdes, les prodiges ne font pas tous l’objet d’une décision canonique, mais ils se produisent chaque année. Signe des temps: on en parle beaucoup moins. Or, les guérisons «miraculeuses» enregistrées font l’objet d’expertises si sérieuses qu’elles peuvent être tenues pour incontestables. Dans la plupart des cas, il s’agit de guérisons organiques que l’on n’a pas l’habitude de considérer comme psychosomatiques. Ainsi figurent le cancer, la sclérose en plaques, le mal de Pott, une cécité incurable, une fracture ouverte de la jambe… Difficile, si on ne croit pas en Dieu ou à la Sainte Vierge, de trouver une explication.
Les guérisseurs n’ont pas fait l’objet de dossiers aussi solides. Mais, si aucune étude médicale n’a pu établir un lien entre guérison et guérisseurs, il faut bien supposer que, si un tel nombre de guérisons leur est attribué, certaines d’entre elles se produisent réellement. Et de la même façon qu’à Lourdes.
Le hasard, la coïncidence heureuse, les rétablissements spontanés ne peuvent, toujours constituer la seule réponse au dossier des guérisons paranormales. Si certains guérisseurs expliquent les résultats obtenus par un traitement naturel ou un transfert d’énergie, d’autres pensent qu’ils possèdent le don de déclencher chez le malade la faculté de se rétablir. En d’autres termes, un lieu saint où un guérisseur exerceraient le rôle d’un catalyseur, qui mobiliserait chez le patient un pouvoir d’autoguérison; pouvoir que chacun d’entre nous posséderait, sans savoir l’utiliser.
Après l’anatomie, la bactériologie, la chimie… il reste à notre époque à aller plus loin dans les mystères du monde, que Berthelot considérait pourtant, à la fin du siècle dernier, comme à jamais éclaircis. Elle doit s’attacher à poursuivre la connaissance de l’esprit humain et de ses singuliers pouvoirs. Comprendre comment un déséquilibre affectif peut créer des lésions organiques, un mysticisme trop ardent engendrer des stigmates ou, à l’inverse, comment un appel de l’inconscient peut aboutir à la guérison. Ce contrôle de l’esprit sur le corps, que chacun pourrait être à même de posséder, «peut être, dit le Dr Coërs, puissamment aidé par un tiers rétablissant le lien mystique de l’homme au guérisseur».
«Quand Mason, rapporte A. Koestler 1, obtient par hypnose la remarquable guérison d’un garçon de seize ans qui souffrait d’ichtyose, affection congénitale produisant une peau à écailles et considérée comme incurable, un critique du British Medical Journal ne put s’empêcher d’écrire que le cas à lui seul suffirait à exiger la révision des concepts actuels des rapports entre le corps et l’esprit.» «Le pouvoir d’autoguérison, conclut Christian Coërs, que l’on peut exalter par une relation émotionnelle, est le facteur prédominant, la clé du phénomène médical.»
C’est bien là, nous allons le voir, que semble résider l’explication du guérissage. Même si le choix des techniques utilisées par les guérisseurs lui apporte quelques nuances.